Crise au Burundi: lettre prémonitoire (2014) au Pr Nkurunziza, par Pancrace CIMPAYE, cofondateur de l’IPDD

Cimpaye-Pancrace-1Lettre ouverte de Pancrace Cimpaye à Nkurunziza Pierre (Publié le 7 avril 2014 par Agence Bujumbura News)

Pancrace CIMPAYE Bruxelles, le 6 avril 2014 à A son Excellence Pierre Nkurunziza,  Président de la République du Burundi

Objet : Lettre ouverte contre votre  Troisième mandat.

Excellence Monsieur le Président,

J’ai l’insigne honneur de m’adresser à votre haute autorité afin de vous implorer d’abandonner le projet de briguer un troisième mandat aux élections de 2015. Ce mandat que vous voulez arracher de force est un mandat de tous les dangers. Ce mandat de trop risque de replonger le pays dans les abysses de la confrontation politico-ethnique et partant déboucher sur une instabilité de toute la région des pays des grands lacs. C’est une grande responsabilité que vous prenez en voulant endosser cette perspective !

Excellence Monsieur le Président,

Au lendemain du rejet du projet de loi d’amendement de la constitution par le parlement, ce 21 Mars 2014, le peuple burundais croyait que vous aviez saisi ce message. Mais force fût de constater, ce 24 mars 2014, que par le biais de votre dévoué Ministre de l’intérieur vous mainteniez ce projet de briguer un troisième mandat. Cette annonce du Ministre Edouard Nduwimana qui était en service commandé vient d’être confirmée ce samedi 29 mars 2014 en Hollande par le Vice- Président de votre parti, le député Joseph Ntakarutimana, en même temps membre du Conseil des Sages. Le Conseil des sages étant l’ organe suprême du CNDD-FDD dirigé par vous même. Ce député de Ngozi, proche et fidèle parmi les fidèles, vous l’avez pris dans votre délégation pour qu’il vulgarise en Europe cette décision de vous représenter à votre propre succession en 2015. Par ailleurs votre déclaration à la Télévision Al Jaz ira est sans équivoque : si le parti vous le demandait vous vous présenterait aux élections de l’année prochaine.

Excellence Monsieur le Président,

Avec cette déclaration vous érigez le parti présidentiel au dessus de la Constitution et de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi. Au demeurant ce n’est pas la loi, encore moins le parlement, qui représente le peuple burundais qui doivent déterminer si oui ou non vous devez briguer un troisième mandat ! Seul le CNDD-FDD a droit au chapitre ! Cette déclaration lourde de signification confirme que le CNDD-FDD est devenu un parti-Etat ! Un parti qui a le droit de vie ou de mort ! Un parti qui doit être unique ! Un parti qui doit détruire toutes les autres organisations politiques qui ne lui sont pas inféodées ! Un parti qui doit définir seul les règles de jeu des élections de 2015. Un parti qui doit emprisonner toute voix discordante.

Excellence Monsieur le Président,

Ce retour au monopartisme explique pourquoi presque tous les partis politiques d’opposition sont en train d’être détruits. Ce retour à la pensée unique explique pourquoi vous n’avez pas hésité à poignarder dans le dos votre partenaire de toujours, l’UPRONA en destituant le premier Vice Président de la République, Monsieur Busokoza Bernard et en confiant la direction de l’UPRONA à vos mandataires. Ce sont les mêmes mobiles qui ont poussé la police à tirer à balles réelles sur de paisibles militants de l’ADC-IKIBIRI réunis dans les enceintes du siège du MSD ce 8 Mars 2014. C’est cette propension à rester seul sur la scène politique qui vous pousse à utiliser la justice pour écraser tous les leaders de l’opposition. Ainsi Hussein Radjabu, Nyangoma Léonard, Rwasa Agathon, Bamvuginyumira Frédéric, Alexis Sinduhije et bientôt Léonce Ngendakumana et certains leaders de l’UPRONA doivent avoir un casier judiciaire noir inacceptable à la Commission électorale de 2015.

Excellence Monsieur le Président,

Le peuple burundais a versé un lourd tribu pour entrer dans une ère de démocratie multipartite. Trop de sang ont coulé au nom de la défense de la démocratie. Jamais au grand jamais, ce peuple n’acceptera de retourner dans les travers de la dictature d’un parti unique. De ce fait votre troisième mandat ne passera pas. Regardez autour de vous, au sein de votre propre parti, la question divise. Une majorité silencieuse du CNDD-FDD n’approuve pas votre projet d’être « Président à perpétuité » ! Regardez et écoutez ces manifestants burundais de part le monde qui vous supplient de ne pas vous représenter pour la troisième fois.

Revisitez le nombre d’émissaires de part le monde qui sont venus vous demander de partir par la grande porte le 26 Août 2015, date de fin de votre deuxième et dernier mandat. En effet la communauté internationale n’a jamais été aussi unanime sur un sujet comme votre départ. Ainsi les Nations Unies, l’Union Européenne et même la région, tout le monde vous demande d’une même voix d’abandonner ce troisième mandat. Cependant au terme du quatrième sommet Europe-Afrique qui vient de se tenir à Bruxelles, la communauté internationale réalise avec amertume que vous tenez mordicus à ce troisième mandat. Mais une note positive a été enregistrée au cours de ce sommet : le constant rassurant est que le monde a réalisé que vous êtes isolé sur la scène internationale et régionale. Vous êtes seul dans cette aventure !

Excellence Monsieur le Président,

Face à cette question de votre propre succession en 2015 vous avez le monde entier contre vous. Vous avez en face de vous une détermination de tout un peuple qui est prêt au sacrifice suprême pour vous barrer la route. C’est le sens de toutes ces manifestations à travers le monde entier. Une première au Burundi. Demain ces manifestations auront lieu au Burundi avec ou sans votre autorisation. Et comme ce 8 mars 2014, la police va ouvrir le feu sur des milliers de manifestants. Ce bain de sang sonnera le glas de votre règne et condamnera votre parti à la disparition.

Excellence Monsieur le Président,

Pourquoi sacrifier toute une cause pour protéger une poignée de personnes qui ont la frousse du changement ? Pourquoi méprisez vous tant vos camarades du parti au point de déclarer que le CNDD-FDD n’a que vous pour diriger le Burundi ? Pourquoi hypothéquer l’avenir de toute une organisation comme le CNDD-FDD pour des intérêts fugaces d’un club ? Etes vous sûr d’avoir les mêmes intérêts avec ces nouveaux porte paroles qui vous poussent à la faute en défendant votre troisième mandat ? Avez-vous réfléchi un seul instant en envoyant dans la rue plus de 10mille jeunes étudiants universitaires au moment où dans cette rue il y a l’ADC-IKIBIRI qui réclame votre départ l’an prochain ? Avez –vous pensez au message et à l’image que vous donnez au monde quand vous condamnez à perpétuité des jeunes de l’ADC-IKIBIRi qui n’ont d’autre tort que d’avoir manifesté contre votre gouvernance ?

Excellence Monsieur le Président,

Cette série d’interrogations qui circulent sous le manteau au sein de votre propre parti me poussent à vous proposer une voie de sortie : d’une part organiser un congrès du parti qui désigne un autre candidat aux présidentielles de l’an prochain d’autre part revenir à la table de dialogue avec l’opposition. Pour sortir tête haute de ce traquenard, revenez à la feuille de route convenue entre partenaires politiques. Mais cette fois ci, exigez que la question de votre immunité après le 26 Août 2015 soit abordée. En dehors de cette voie, vous vous retrouverez dans une tenaille de votre propre parti et de l’opposition. Et cet étau risque de vous faire mal et de compromettre la stabilité du Burundi et partant celle de la région.

Excellence Monsieur le Président,

Si vous n’aviez pas autour de vous des conseillers qui veulent votre perte, vous n’auriez pas pris le risque de renvoyer des milliers d’étudiants dans la nature en ce moment précis d’ébullition politique ! Si vous n’aviez pas autour de vous des conseillers qui vous enfoncent, vous n’auriez pas pris le risque de souffler sur les braises du dossier Manirumva en faisant porter le chapeau à Gabriel Rufyiri ! Si vous n’aviez pas des hommes de paille qui ne rêvent que d’écorner votre image, votre justice n’aurait pas condamné, gratuitement, à perpétuité des jeunes manifestants de l’opposition ! Ces pièges cousus de fil blanc qui viennent de votre propre camp me poussent à vous répéter une fois de plus qu’il faut quitter ce pouvoir à temps ! Et surtout abandonnez ce troisième mandat qui n’est qu’un piège dangereux pour vous, pour votre parti politique et pour la nation burundaise entière.

Dans l’espoir d’une suite favorable à cette lettre ouverte, je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

Pancrace CIMPAYE

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